L’asile et le déplacement forcé à la table du « couloir d’Afrique

Ghada Choucri Samedi 02 Mars 2019-15:49:37 Chronique et Analyse
L’asile et le déplacement forcé à la table du « couloir d’Afrique
L’asile et le déplacement forcé à la table du « couloir d’Afrique

Récemment, l’Egypte commence à  accorder plus d’intérêt à l’Afrique. Cet intérêt est traduit par l’annonce du président El-Sissi a ce que 2019 soit année de l’Afrique. Ceci coincide également avec la présidence de l’Egypte à l’Union Africaine pour cette année. Dans ce cadre, différentes œuvres et activités  qui se déroulent actuellement et d’autres qui sont prévus au long de l’année.

Le rapprochement culturel et la jeune génération sont deux éléments pris en considération à cet égard.

Rowak Africia, « Couloir d’Afrique », a commencé en juillet 2018. Ce dernier est une série de rencontres qui porte sur les questions liées au continent africain. La première de ces rencontres portait sur les moyens pour intégrer les jeunes égyptiens et africains dans l’Union Africaine.

Pour le mois de février, la rencontre portait sur la question des réfugiés et les personnes forcées à se déplacer en raison des conflits ou catastrophes naturelles. 

M. Hassan Ghazaly, coordinateur du bureau de la jeunesse africaine, a dirigé la rencontre.

Selon lui, cette rencontre est plutôt spécialisée que générale. Les jeunes participants, selon lui, sont parmi les étudiants des sciences politiques et des actifs dans le domaine. Le ministère de la jeunesse et du sport a toutefois opté à attaquer un tel sujet des différents points de vue.  C’est pourquoi les invités représentent les parties concernées. « On a un conférencier académique, un représentant d’un des plus importants centres de recherches en Egypte, un actif dans les affaires africaines, et un représentant du gouvernement égyptien », lance-t-il en présentant les invités de la rencontre du mois de février.

A savoir l’ambassadrice Naela Gabr, Dr Abbas, Dr Ahmed Amal , Dr Marwa Mamdouh et l’ambassadeur Nader Fath. 

M. Ghazaly a commencé la rencontre avec des chiffres qui cristallisent la question et explique son importance : Il existe 70 millions personnes déplacés forcément, et 40 millions autres déplacés internes, 25 millions réfugiés, 10 millions de personnes sans nationalités. A d’ajouter 57% des réfugiés sont des pays en voie de développement.

L’ambassadrice Naela Gabr, chef du comité national pour la lutte contre l’immigration clandestine et le trafique des humains, lié au Conseil des ministres, s’est penché sur le modèle égyptien dans ce domaine et qui est dans ce cas le dit comité.

L’ambassadrice a commencé son allocution avec une question, pourquoi ce grand nombre de réfugiés et déplacés dans les pays en voie de développement et notamment en Afrique ?

Arrivent  en tête de la liste des causes, les problèmes politiques et les catastrophes naturelles, réponde-t-elle donc a sa question. Aussi, n’oublions pas les conditions économiques, qui sont souvent suites aux crises politiques, ces derniers affectent les peuples et poussent les jeunes a chercher de meilleurs opportunités de travail ailleurs. « Je ne suis pas contre la liberté du déplacement. C’est un des droits fondamentaux de l’homme », dit-elle.  Toutefois, ce déplacement doit respecter la souveraineté  du pays accueillant et pour cela il existe des procédures légitimes qu’on doit suivre.

Par contre, l’immigration légitime n’est pas toujours facile, selon l’ambassadrice. Malgré que certains pays de l’occident souffrent de la vieillesse et ont besoin d’immigrants et d’une main d’œuvre,mais, il existe des courants politiques de droite qui refusent l’immigration et d’admettre que le marché du travail en a besoin, c’est pourquoi la question de l’immigration via des canaux légitimes est difficile, estime-t-elle.

Selon Mme Gabr, la solution a cette question est loin de dépendre des pays occidentaux, mais de se tourner plutôt au continent brun. « Il est temps que les pays africains coopèrent ensemble. On doit commencer par nous même », a souligné l’ambassadrice  en expliquant que le marché africain possède de bons potentiels  et qui est capable d’accueillir les jeunes africains. L’ambassadrice Naela Gabr, estime que les pays africains possèdent des produits variés et de bonne  qualité et que les échanges entre les pays africains  peuvent créer d’avantages opportunités de travail aux jeunes.

« En tant que spécialiste des relations internationales et le travail humanitaire, je peux déduire que la relation entre l’immigration clandestine et le trafique humain est étroite, puisque les immigrants clandestins sont des individus vulnérables et donc sont souvent victimes de l’exploitation», explique-t-elle.

Le comité égyptien national pour la lutte contre l’immigration clandestine, présidé par l’ambassadrice, est formé de 26 ministres et les conseils des droits de l’homme et de la femme et de la maternité et de l’enfance et autres.

« L’objectif de ce comité est de coordiner les efforts, ainsi que la proposition des législations politiques afin de lutter contre ce phénomène. Il faut prendre en considération que le rôle du comité est consultatif et non pas exécutif », souligne-t-elle.

Poursuivant son allocution, l’ambassadrice Naela Gabr indique que le comité est également formé des jeunes alors que l’équipe du travail sont des volontaires. Mme Gabr juge le comité d’un modèle réussit dans ce domaine. L’ambassadrice a appelé les pays africains de profiter de ce modèle, notamment que l’Egypte préside l’Union africaine pour l’année 2019 et vise à partager son expérience avec les pays du continent. Par contre, le comité propose également des lois pour la lutte contre l’immigration clandestine et le trafique des humains. « On a deux stratégies au comité une pour l’immigration et une autre pour le trafique, ou on ne peut pas cofonder les deux. Les raisons de l’immigration sont des raisons économiques et politiques en premier lieu, mais ce n’est pas une extrême pauvreté qui les pousse à vendre leurs organes comme est le cas pour le trafique des humains », indique-t-elle.

Creusant un peu plus le sujet du rôle que joue le comité, Mme Gabr a indiqué qu’elle œuvrait également avec les ONG égyptiennes dans les différents gouvernorats de l’Egypte notamment ceux de la Haute Egypte. Le chef du comité explique qu’il était important de communiquer avec les individus et sensibiliser les jeunes au sujet. « Les ONG sont les meilleur moyen de communication puisqu’ils font partie de ces société et connaissent comment traiter avec la population », souligne-t-elle, en ajoutant que le développement durable est également un des points fort pour affronter ce phénomène. « Et ça ne doit pas être  à travers des mégas projets, mais les micros projets pourraient jouer un rôle clé dans cette affaire », a-t-elle ajouté.

Pour clôture son allocution l’ambassadrice a réaffirmé que l’échange des expériences entre les pays africains était un des moyens les plus effectifs dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Prenant la parole Dr Abbas Sheraki, professeur de géologie et des ressources hydrauliques à la faculté des études africaines à l’université du Caire. Le professeur s’est penché sur l’impact des facteurs naturels sur les déplacements forcés. Le professeur estime que pour mettre fin à l’immigration clandestine, il faut revenir aux racines de cette crise et qui se divisent a des raisons naturelles et d’autres liés aux individus ou conflits.

« Pour limiter cette immigration, on doit opter pour le développement », a-t-il indiqué tout en ajoutant que les raisons de ce phénomène au continent brun sont souvent  liées aux conditions de vie des individus.

Ensuite, Dr Sheraki a expliqué aux jeunes que le développement est capable de faire face aux conflits, situations politiques et même les catastrophes naturelles. Pour mettre en relief ses affirmations, le professeur a donné l’exemple de l’Egypte qui a affronté la question de la sécheresse en construisant le haut barrage d’Assouan.  Le professeur explique que ce qui pousse les individus à immigrer sont les conditions de vie détériorées et le manque des opportunités de travail, ou la coopération entre les pays africains quant aux projets de développements pourrait améliorer ces conditions et fournir plus de jobs et donc limiter l’immigration. A cet égard, le professeur s’est penché sur quelques chiffres concernant l’immigration, ou il a expliqué que 80% des immigrations au continent sont internes, autrement dit, des immigrations qui ont lieu d’un pays à l’autre. Ces dernières années, l’immigration a reculé. Ce fait revient à la stabilité de certains pays et la vigilance des forces de sécurité, comme est le cas de l’Egypte lors de ces deux dernières années. 

La surpopulation est également une des principales raisons qui poussent les individus a immigre, poursuit-t-il. « La population africaine augmente chaque année de 50 millions individus », affirme-t-il. Toutefois, Dr Sheraki souligne que la surpopulation n’est pas nécessairement un obstacle. Selon lui, ceci pourrait être une vraie richesse pour tout pays. Le conférencier a repris l’exemple de l’Egypte au temps de la révolution du 25 janvier, ou les expatriés égyptiens ont joué un rôle important dans le développement du pays en injectant des dollars via les transferts bancaires. « En accordant plus d’intérêt aux individus, et ce au niveau de l’enseignement et la formation professionnelle, on fonde une richesse humaine très importante », souligne-t-il.

Ajoutant aux facteurs naturels, la distribution des individus et des ressources au continent africains n’est pas égale. Par exemple en Egypte la population est concentrée aux régions de la Vallée et du Delta.

Pour l’eau, poursuit-il, 50% des eaux en Afrique se trouvent au centre du continent. « Un pays comme le Congo dispose de 30% des eaux de l’Afrique », ajoute-t-il.

Pour régler cette question, le professeur propose de dépendre des eaux souterraines et créer de nouvelles communautés dans ces régions sèches. 

Un continent riche et des pays pauvres, a ainsi résumé la situation Dr Sheraki qui a clôturé son allocution en appelant a une coopération entre les pays africains dans le domaine du développement.

Les dimensions politiques du phénomène de l’immigration ont été attaquées par Dr Ahmed Amal, directeur de l’unité des recherches africaines au centre égyptien pour la réflexion et les recherches stratégiques. Le conférencier a préféré de se consacrer aux déplacements des internes dans le continent brun.

Selon lui, la relation entre les conditions politiques de tout pays et l’asile et le déplacement est une relation directe et réciproque.   L’instabilité pousse les individus a de déplacer. Une des questions politiques les plus urgentes au continent, est les frontières internationales. « Ces frontières sont imposés en majorité par les occupants et qui étaient en conformité avec leurs intérêts », dit-il en expliquant que les dites frontières ne sont pas forcément conformes avec les conditions environnementales et celle de la distribution des populations et les ressources naturelles.

A l’encontre, les frontières internes aux pays africains et qui ont été faites après l’indépendance  prennent en considération la population y compris les dimensions ethniques dans chaque pays. Ces frontières sont le noyau de différentes crises entre des pays africains qui souffrent en résultat de l’instabilité ce qui pousse la population à fuir les conflits.

Le même est pour la situation sécuritaire dans certains pays comme le Congo.  « Ces régions de conflits sont une source principale des personnes déplacés qui fuient le conflit », indique-t-il. A d’ajouter, que même si les conflits se terminent, les personnes qui reviennent à leurs régions sont souvent poussés à quitter une autre fois, puisque ces régions ont été victimes de conflits et de destruction, elles ne sont plus reconstruites ni sont développées.

Parmi les solutions proposées, est de travailler sur le niveau politique et sécuritaire, mais pour le conférencier, ces deux solutions bien qu’elles soient indispensables, mais elles ne sont suffisantes. Il faut, selon lui, de travailler en parallèle sur la dimension humanitaire et ce à travers la reconstruction de ces régions en construisant des écoles, des hôpitaux et d’autres.

Dr Marwa Mamdouh Salem, chercheuse spécialisé dans les affaires africaines a parlé des politiques de l’Union Européenne UE, quant à l’immigration clandestine de l’Afrique.

Selon elle, les pays européens avaient au passé une expérience historique concernant les immigrants africains, plus précisément, à la fin des deux guerres mondiales, « on se souvient que le Vieux continent était reconstruit par des mains des africains. Par contre l’UE, il semble que l’UE a échoué a adopté des politiques d’intégration effectives pour ces immigrants. L’exemple des immigrants marocains est bien une évidence », a souligné Dr Marwa.

Toutefois, cette situation été changé en 2015. A ce moment Dr Marwa rappelle l’audience de l’image du corps d’un enfant sur les côtes européennes et qui s’était noyé ors du naufrage d’un bateau clandestin au large de la méditérannée. L'Allemagne, selon la conférencière, était un des pays du continent qui était pour ouvrir les frontières pour ces immigrants, ou la chancellière allemande a accueillit en 2015 des centaines de milliers de migrants. Malheureusement le grand nombre de migrants a pesé fort sur certains pays comme la Grecque qui a vécu une violente crise économique. Le résultat, poursuit-elle, était le refus de certains Etats européens à ouvrir leurs frontières a ces derniers ce qui a crée une sorte de crise au sein de l'UE. Prenons l'exemple du bateau Aquaruis, et qui a été laissé au large de la mer pendant dux jours, ou les autorités italiennes ont refusés de les acuueillir, sauf que l'Espagne a accepté à la fin.

C'est ainsi que l'UE a recherché d'autres moyens a régler la question des migrants. Une de ses solutions était l'offre d'aides aux pays des quels viennent le plus grand nombre de migrants clandestins afin de renforcer la sécurité de leurs côtes.

Bien que le nombre des migrants clandestins a été réduit lors des trois année suivantes, ou ce nombre n'a pas dépassé les 100 milles en 2018, mais selon la chercheuse, cette solution n'est pas durable. "La sécurité est une des solutions rapides mais qui ne dure pas longtemps", lance-t-elle.

Lors du dernier sommet européen a cet égard, on entendait parlé d'une autre issue, qui est les plateformes de désembraquements régionales. "En fin de septembre 2018, la chancellière allemande Angela Merkel s'est dirigé vers l'Algérie afin de discuter du sujet des (vessel  country)", dit-elle. L'idée est de regrouper ces migrants clandestins dans une sorte de centres de procédures afin d'étudier le cas de chacun d'eux et en cans du rejet de la demande d'asile, c'est la responsabilité de ce ( vessel country) d'emmener ce migrants à la région d'ou il vient. "Le problème c'est que à cause de différentes conditions, les migrants sont parfois laissés loin de leurs régions, dans le désert par exemple", dit-elle.

A la fin Dr Marwa a parlé briévement du plan de Marshall, qui vise a offrir des aides pour les projets  de développement aux pays africains  en besoin afin d'améliorer les conditions de vie et donc mettre fin à l'immigration. A cet égard, la conférencière ne s'est pas montré optimiste à cause des conflits politiques qui existent encore au continent.  

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